Le marché en données
Combien de séances pour sortir d'une ligne à la BRVM
Mounkaïla Hamani·19 septembre 2026·5 min de lecture
Le 17 septembre 2026, la Bourse d'Abidjan a échangé 15 012 903 titres. À elle seule, une ligne en représente 14 762 000, soit 98,3 % des actions qui ont changé de mains ce jour-là. Il s'agit d'Ecobank Transnational Incorporated, le titre le moins cher de la cote, 70 FCFA l'action. Un seul bloc a suffi.
Ce chiffre de 98,3 % est spectaculaire et il est trompeur. Compté en argent, ce même bloc pèse 984 311 898 FCFA sur les 3 342 097 823 échangés dans la séance, soit 29,5 %. Beaucoup, mais pas l'essentiel. La différence entre les deux lectures tient à une chose simple : sur un marché où une action vaut 70 FCFA et une autre 23 985 FCFA, compter les titres ne veut rien dire. Ce qui se compte, ce sont les capitaux.
Reste que le bloc d'ETIT vaut quatorze fois ce que cette valeur échange une séance ordinaire. Sa médiane sur les vingt dernières séances est de 70 074 649 FCFA. Un jour à un milliard, puis le retour à soixante-dix millions. C'est exactement ce qu'il faut regarder avant d'acheter quoi que ce soit sur cette place, et c'est ce que presque aucun classement ne montre.
La liquidité n'est pas un volume, c'est un délai
Un investisseur qui achète une action pose implicitement une question : si je change d'avis, combien de temps pour ressortir ? À la Bourse de Paris ou de New York, la question ne se pose pas, la réponse est « tout de suite ». À la BRVM, elle se pose pour la majorité de la cote.
Le calcul est à la portée de n'importe qui. On prend les capitaux échangés chaque séance sur une valeur, on en retient la médiane sur vingt séances, et on suppose qu'on peut écouler une fraction de ce montant chaque jour sans faire baisser le cours contre soi. Nous retenons 15 %. Vouloir être la moitié du marché sur un titre, c'est déplacer son prix soi-même, et payer ce déplacement.
Sur une ligne de 10 millions FCFA, environ 15 000 euros, ce que la cote donne au 18 septembre 2026 :
| Valeur | Capitaux échangés, médiane sur 20 séances | Séances pour sortir 10 M |
|---|---|---|
| Sonatel | 483 478 585 FCFA | 0,1 |
| Bank of Africa Côte d'Ivoire | 124 005 242 FCFA | 0,5 |
| Uniwax | 24 718 202 FCFA | 2,7 |
| Tractafric Motors | 3 671 697 FCFA | 18,2 |
| Unilever CI | 750 632 FCFA | 88,8 |
| Sicor | 565 797 FCFA | 117,8 |

La médiane de la cote est à 2,8 séances. La moitié des valeurs laissent donc sortir 10 millions en moins de trois jours de Bourse, ce qui est honorable. Mais l'échelle du graphique est logarithmique, et il faut s'arrêter une seconde sur ce que ça signifie : entre Sonatel et Sicor, le rapport n'est pas de deux, ni de dix. Il est de huit cent cinquante. Sur la même cote, le même jour, avec les mêmes 10 millions.
Pour Sicor, 117 séances représentent près de six mois de Bourse. Pour Unilever CI, 88 séances font quatre mois. Et ces chiffres supposent un marché normal, avec des acheteurs en face tous les jours. Ils ne décrivent pas une vente dans l'urgence, ils décrivent une sortie patiente, organisée, dans des conditions calmes.
Le maximum n'est jamais la liquidité
Tractafric Motors mérite un arrêt. Sa médiane sur vingt séances est de 3 671 697 FCFA. Son meilleur jour sur la même période atteint 129 752 125 FCFA, trente-cinq fois plus. Quelqu'un qui regarderait ce seul jour conclurait que la valeur traite plus de cent millions par séance, et dimensionnerait sa position en conséquence.

C'est le piège classique de la liquidité, et il ne concerne pas que les petites valeurs. Un bloc n'est pas un marché. Il dit qu'un vendeur et un acheteur se sont trouvés une fois, à un prix négocié, souvent entre deux institutions qui se connaissent. Il ne dit rien sur la possibilité de refaire la même chose la semaine suivante, et surtout pas sur la possibilité de le faire dans le sens qui vous arrange. La médiane, elle, décrit la séance ordinaire, celle qu'on retrouvera demain.
Et parfois, le délai n'est pas long, il est indéterminé
Le 16 septembre 2026, la BRVM a publié trois avis à quelques minutes d'intervalle, numérotés 268, 269 et 270. Ils suspendent la cotation de Sicor, de Sucrivoire et de Sonoco Metal Packaging Siem CI. Depuis, ces trois lignes n'ont enregistré aucune transaction : ni le 16, ni le 17, ni le 18 septembre.
Un détenteur de Sucrivoire au 15 septembre pouvait raisonnablement estimer sa sortie de 10 millions à trois séances et demie. Le lendemain, la bonne réponse n'était plus un nombre de séances, elle était « on ne sait pas ». Aucun calcul de délai de sortie ne voit venir ça. C'est la limite honnête de tout ce qui précède : ces chiffres mesurent la fluidité d'un marché qui fonctionne, pas le risque qu'il s'arrête.
C'est aussi la raison pour laquelle, chez Bantan, une liquidité inconnue vaut refus d'achat plutôt qu'estimation prudente. Une donnée absente ne s'approxime pas.
Ce que ça change concrètement
La taille de la ligne n'est pas une préférence personnelle, c'est une conséquence. La question n'est pas « combien je veux mettre sur cette valeur », elle est « combien cette valeur peut en reprendre ». Sur Sonatel, une ligne de 10 millions se solde dans la séance, et une ligne de 100 millions en moins de deux séances. Sur Sicor, une ligne de 10 millions est un engagement de six mois, et une ligne de 30 millions demande 353 séances, soit près d'un an et demi de Bourse.
Rien de tout cela ne dit qu'une valeur peu liquide est une mauvaise valeur. Certaines des sociétés les moins échangées de la cote sont rentables et versent des dividendes réguliers. Cela dit que l'illiquidité est un coût, qu'elle se paie au moment de sortir et pas au moment d'entrer, et qu'elle doit donc être compensée par quelque chose. Le prix est le seul endroit où cette compensation peut se trouver.
Cet article est une analyse d'information générale, produite à partir de données publiques. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation, ni une sollicitation. Les marchés comportent des risques de perte en capital. Bantan Capital peut détenir ou non les valeurs mentionnées.